Night of Bisounours

Le mal m’a quitté.

Docteur Fatalis, dans Secret Wars (cliquez, ça résume à peu près tout)

 

Mais quelle mouche a donc piqué les heels à l’occasion de ce ppv où l’on s’attendait à ce qu’ils assoient leur domination à grand renfort de fourberies ignobles? Une mouche tsé-tsé, sans doute, tant les salauds de la WWE se sont montrés endormis, attentistes, peu imaginatifs et incroyablement conciliants envers leurs adversaires. Ont-ils pris trop au sérieux les recommandations de la campagne gnangnan « Be a Star »? On a en tout cas assisté à un drôle de ppv, qui s’apparente presque à un face turn général de toutes les ordures qui se pressent dans le marigot de Stamford… au point de vider de leur substance la plupart des récits, y compris la fameuse méta-storyline centrée sur la lutte de Daniel Bryan contre des forces du mal bien inoffensives.

 

 

– Hunter, j’ai participé hier à une fête religieuse dans ma communauté, et ça m’a fait réfléchir. J’ai décidé de demander pardon à tous ceux que j’ai offensés et de devenir un homme bon.

C’est Kippour?

C’est pour les fans, Hunter. C’est pour le bien.

 

 

Nalyse de Night of Champions

 

Le mal m’a quitté.

Docteur Fatalis, dans Secret Wars (cliquez, ça résume à peu près tout)

 

Mais quelle mouche a donc piqué les heels à l’occasion de ce ppv où l’on s’attendait à ce qu’ils assoient leur domination à grand renfort de fourberies ignobles? Une mouche tsé-tsé, sans doute, tant les salauds de la WWE se sont montrés endormis, attentistes, peu imaginatifs et incroyablement conciliants envers leurs adversaires. Ont-ils pris trop au sérieux les recommandations de la campagne gnangnan « Be a Star »? On a en tout cas assisté à un drôle de ppv, qui s’apparente presque à un face turn général de toutes les ordures qui se pressent dans le marigot de Stamford… au point de vider de leur substance la plupart des récits, y compris la fameuse méta-storyline centrée sur la lutte de Daniel Bryan contre des forces du mal bien inoffensives.

 

 

– Hunter, j’ai participé hier à une fête religieuse dans ma communauté, et ça m’a fait réfléchir. J’ai décidé de demander pardon à tous ceux que j’ai offensés et de devenir un homme bon.

C’est Kippour?

C’est pour les fans, Hunter. C’est pour le bien.

 

 

Nalyse de Night of Champions

 

 

Depuis des temps immémoriaux, le catch raconte fondamentalement une seule et même histoire : celle de l’affrontement des bons et des méchants. Les premiers respectent les règles et se montrent fair-play en toutes circonstances, tandis que les seconds trichent sans scrupules pour parvenir à leurs fins. Du coup, le spectateur est naturellement censé éprouver de la sympathie pour les gentils babyfaces et conspuer les sinistres individus qui se dressent devant eux.

 

 

C'est comme ça depuis que le monde tourne. Y a rien à faire pour y changer. C'est comme ça depuis que le monde tourne. Et il vaut mieux ne pas y toucher.

 

 

Si je me sens obligé de faire ce rappel élémentaire en introduction, c’est parce que la cuvée 2013 de Night of Champions a été extraordinairement éloignée de ce principe de base. On a déjà assisté, par le passé, à des shows marqués par le glissement des faces vers le côté obscur (j’avais eu l’occasion d’en dresser le constat ici même il y a, pfiou, quatre ans et demi). Mais c’est la première fois depuis bien longtemps que la WWE nous fournit — consciemment ou non — un ppv à la dynamique exactement inverse : ce dimanche, ce sont les heels qui ont paru frappés de léthargie, qui ont remisé leur heelerie au vestiaire et qui, en un mouvement commun, se sont conduits tout du long en gentils moutons dénués de tout vice.

 

 

Y en a un qui a dû se retourner dans sa tombe.

 

 

Cet étrange phénomène est d’autant plus surprenant qu’il intervient au cœur de l’une de ces rares périodes où la WWE entière se retrouve sous le joug des affreux.

 

Pour rappel, en entrant dans ce ppv, tous les titres, sans la moindre exception, étaient aux mains de heels : AJ détenait la ceinture des Divas, le Shield les breloques tag team, Dean Ambrose le titre US, Curtis Axel le championnat Intercontinental, Alberto Del Rio et Randy Orton brandissaient respectivement le WHC et le titre WWE. De plus, comme chacun sait, le Mal avait pris la fédération sous sa coupe, au-delà même des ceintures : depuis Summerslam, le patron Triple H et sa clique faisaient régner la terreur dans le roster. Dans ce contexte, on s’attendait tous à ce que ce ppv de transition renforce encore davantage le récit actuel : la nuit était tombée sur la WWE, et l’étoile Daniel Bryan, unique lueur depuis les blessures des astres Cena et Sheamus, n’était sans doute pas de taille à tout bouleverser. Eh bien, on a eu tort sur toute la ligne.

 

 

Tiens, le booker en chef a assisté au main event depuis le premier rang.

 

 

Oh, les heels n’ont pas tous été déshabillés de leur ceinture par leurs héroïques adversaires : un seul d’entre eux, il est vrai le principal, a perdu son bien ce dimanche.

 

Mais le triomphe du bien est quasi total, car il se situe sur un plan idéologique : sans doute involontairement, la WWE nous a montré, à Night of Champions, des heels privés de tout ce qui fait leur intérêt, à savoir la méchanceté, le vice, la rouerie. Comme s’ils avaient été contaminés par les principes du camp d’en face (pun intended, comme on dit au pays de Vince).

 

Trois heures durant, on a assisté au pénible spectacle de salopards présumés se conduisant comme des enfants de chœur à une messe patronale. On en sort hébété, avec le désagréable sentiment d’avoir été dupés sur la marchandise. Car si les heels, à commencer par le pire d’entre eux, Triple H, ne jouent plus leur rôle néfaste, que reste-t-il? Une série de matchs disputés dans les règles entre adversaires interchangeables. Le catch perd de sa raison d’être quand les lignes sont brouillées, surtout dans ce sens-là : si on peut comprendre que des faces exaspérés puissent, en désespoir de cause, recourir aux pires expédients pour venir à bout des crapules qui les harcèlent, on a beaucoup plus de mal à accepter que les heels décident soudain, sans aucune raison valable, de ne plus heeliser.

 

 

– Un coup de main pour ton match contre Ziggler, Dean?

Voyons, Roman, ce ne serait pas équitable. Il n’a personne pour l’aider, lui.

Tu as raison, pardon. Où avais-je la tête? Seth et moi retournons en coulisse, on regardera ton match de là-bas. Bonne chance, j’espère que tu vas gagner!

Oh, tu sais, l’important, c’est de participer.

 

 

La première banderille de la Face Era a été posée dès les premières minutes : Triple H ouvrait le bal et déclarait immédiatement qu’il n’était pas le sombre individu qu’on croyait, et que pour le prouver il avait décidé qu’aucune interférence extérieure ne serait permise dans le main event entre Randy Orton et Daniel Bryan pour le titre WWE. Pas de Shield, pas de Big Show, personne, annonça le COO. Rien que les deux hommes dans le ring, et que le meilleur gagne.

 

 

Je tiens à ce que le match entre le beau gosse musculeux auquel j’ai offert le titre sur un plateau et le vilain nabot que je n’ai cessé de faire battre comme plâtre pendant cinq semaines soit parfaitement équitable. Ça m’étonne que ça vous étonne.

 

 

Bon, à ce stade, on ne croyait pas un mot de celui qui a souvent joué, ces derniers temps, les maîtres du mensonge au service de sa sacro-sainte acception du BUSINESS. Sans doute faisait-il cette promesse pour mieux endormir la vigilance de Bryan! Après tout, les promesses n’engagent que ceux qui y croient… Triple H allait probablement revenir sur sa parole et envoyer le Shield et le Show aider Orton, croyait-on savoir. Ou alors il avait trouvé d’autres sbires — Ryback? Barrett? Des mecs de NXT? Un revenant inattendu à la Batista? — qui se chargeraient de réduire l’aspirant barbu en miettes. Ou bien encore il avait décidé d’intervenir personnellement. Une chose semblait certaine : Orton-Bryan ne serait pas un match « fair and square », car quoi que raconte le King of Kings, les enfoirés ayant juré la perte du « B+ » allaient gérer ça d’une façon ou d’une autre. Parce que that’s what they do. En tout cas, that’s what they did.

 

 

Avant, j’étais un gros bâtard. Mais ça, c’était avant.

 

 

Le grand chef était alors interrompu par Paul Heyman, venu en compagnie de son chienchien Axel l’implorer d’annuler leur combat prévu contre Punk.

 

Il faut encore et toujours souligner les extraordinaires dons d’acteur de MONSIEUR Paul Heyman, sans doute l’un des plus grands orateurs de toute l’histoire du catch, toutes périodes et toutes fédérations confondues. La variété de ses mimiques, de ses intonations, de son langage corporel est inégalable, qu’il joue l’arrogance, la confiance, l’ambition, le calcul ou, comme ici, le désespoir. Heyman était désespéré, parce que CM Punk est l’un des combattants les plus féroces de l’univers, et que l’idée de se retrouver seul à seul avec un tel fighter, déterminé à le détruire, suffit à vider l’estomac de Popaul directement dans son slip. Mal rasé, les yeux rougis par le manque de sommeil, Heyman était aux abois, réduit à prier pour que HHH, qui ne peut pas le piffrer, décide soudain d’annuler un match en plein ppv. Evidemment, le boss refusa, au grand dam de son interlocuteur. Celui-ci lança même un magnifique « Is there no more honor amongst thieves? », rappel désespéré de la traditionnelle solidarité entre heels. Mais HHH n’est pas un heel comme les autres, peut-être pas un heel du tout, d’ailleurs, et de toute façon, il déteste Heyman en kayfabe et ne peut que se réjouir de la perspective de le voir se faire manger vivant par le Straight Edge.

 

 

– Hunter, pitié! Je ne peux pas affronter Punk seul!

Mais tu n’es pas seul, t’es avec Curtis Axel. C’est un match à handicap.

Ah d'accord, non seulement je dois faire face à CM Punk, mais en plus j’ai un handicap!

 

 

Heyman semblait complètement affolé. Evidemment, on se disait, devant notre écran, que l’homme au catogan jouait une fois de plus la comédie.

 

Il y a quelques semaines, à Raw, l’ex-grand manitou de l’ECW avait claqué une belle promo où il menaçait Punk, affirmant en substance : « Si je suis capable de tout, DE TOUT, pour aider mes clients quand ils ont besoin de moi, alors imaginez seulement ce dont je suis capable si ma propre intégrité physique est mise en danger. Je ne reculerai devant rien pour sauver ma peau. Punk, tu me connais, alors renonce avant qu’il ne soit trop tard. »

 

Par la suite, la storyline avait obliqué vers la mise en scène de la peur de Heyman et de sa défiance vis-à-vis d’Axel, protection autrement moins imposante que Brrrrrrrock Lesnar. Mais cette promo m’avait marqué : elle indiquait, pour qui pouvait en douter, que Paul Heyman avait un atout dans sa manche. Car Heyman est présenté comme le plus intelligent et le plus torve des individus ayant jamais mis le pied dans un ring. Ce véritable génie a toujours un coup d’avance sur les autres! Alors, ce soir, il a forcément prévu quelque chose de plus que « espérer que Curtis Axel batte CM Punk ». Il a évidemment recruté du muscle pour lui sauver la peau, une fois que le tatoué de Chicago en aura fini avec Perfect Junior. Et s’il vient, en ce début de show, quémander une impossible annulation du combat devant HHH, c’est seulement pour endormir la méfiance de Punk. De la même façon que HHH vient d’endormir la méfiance de Bryan en promettant que personne ne se mêlerait de son match contre Orton! Ah y a pas à dire, ils savent y faire, les cerveaux heels!

 

 

Fouyaya, j’ai aucun plan de secours! Si Punk bat Axel, je suis fichu!

Et moi, j’ai interdit à quiconque d’intervenir dans le match Orton-Bryan.

– …

– …

Pfff, Hunter, on a beau faire, c’est beaucoup trop gros. Personne ne peut nous croire. Personne ne sera surpris quand nos sbires nous offriront la victoire.

– Y a qu’une seule façon de surprendre les gens, Paul : faire exactement ce qu’on vient de dire.

– … C’est brillant.

 

 

A ce moment-là, donc, le spectateur est confiant. Les heels endorment les faces en se prétendant soit équitable (HHH), soit démuni (Heyman), et on a hâte de découvrir les plans diaboliques qu’ils ont concoctés! Mais vient alors la première séquence qui nous met véritablement la puce à l’oreille.

 

Ca démarre pourtant bien : Axel s’en prend verbalement à Triple H et lui reproche de vouloir la fin de Paul Heyman par frustration, car le Game a été vaincu par Axel le jour où celui-ci a annoncé le début de sa collaboration avec Heyman. (Mais si, souvenez vous, c’était le premier match de cette hilarante série de victoires par décompte à l’extérieur qui nous avait fait dire que le finisher d’Axel s’appelait le Countout). Ce genre de diatribe ne passe évidemment pas auprès du COO, qui s’aperçoit soudain qu’Axel est CHAMPION IC, qu’on est à Night of CHAMPIONS, et que du coup, ben il va le mettre en jeu, son titre! Bon, il aurait pu avoir cette épiphanie plus tôt, mais on va pas faire la fine bouche, nous qui avons pesté contre la non-défense de la ceinture IC dans un ppv dédié précisément à tous les titres que compte la WWE.

 

 

– Réécrivez le show! Je viens de me rendre compte que machin, là, est champion Intercontinental!

Heu, ça fait trois mois que je le suis…

Tain mais on me dit rien à moi dans cette boîte!

 

 

C’est là que ça part en vrille : la logique la plus élémentaire aurait voulu que HHH décide que puisque Axel affronte Punk ce soir, ce dernier repartirait avec le titre IC en cas de victoire. Mais non : Trips proclame qu’il va aller faire un tour backstage, et qu’il offrira un title shot au premier type qu’il y croisera! Il quitte donc le ring, entre en coulisse, et à la surprise de très exactement personne, Kofi Kingston bondit sur la rampe dans la seconde.

 

 

Faut pas s’étonner, j’ai un détecteur à title shots pour des titres intermédiaires implanté dans le cerveau.

 

 

C’est complètement idiot.

 

D’une, pourquoi ne pas mettre la ceinture en jeu dans le match qui est déjà prévu pour Axel?

 

De deux, pourquoi cette décision de lui imposer un match impromptu alors qu’il doit affronter Punk plus tard? Quelle que soit l’issue du premier combat, Axel en sortira forcément, en kayfabe, éprouvé. Ce qui tendra à lui attirer la sympathie du public lors qu’il fera face à un Punk frais comme un gardon. Pas vraiment le but recherché, puisque les spectateurs doivent n’avoir pour le heel que dédain… Ce sont les faces, pas les heels, qui relèvent des défis inouïs et surmontent des obstacles imprévus, bon sang!

 

De trois, c’est quoi cette décision débile qui consiste à déterminer le challenger en fonction du premier corniaud qui tombera sous les yeux de Hunter? Y a des mecs qui s’arrachent pour devenir First Contender, qui livrent pour cela des matchs acharnés… et là, boum, suffit d’être dans le bon couloir au bon moment?

 

De quatre, et si le premier mec que Hunter voit est Hornswoggle? Et si c’est Orton? Et si c’est Vince? Et si c’est un employé de réfectoire ayant survécu à Ryback? Quel degré de coïncidence faut-il pour que, une fois en coulisse, HHH tombe précisément sur Kingston, qui vient justement d’affronter et de battre par deux fois Axel, et non pas sur un catcheur lambda?

 

De cinq, pourquoi ne voit-on pas ce qui se passe en coulisse? A la rigueur, j’aurais pu accepter ce segment si on nous avait montré, préalablement, tout le roster agglutiné backstage, regardant sur une télé l’explication Heyman-Axel-HHH. Kofi, qui a des comptes à régler avec Axel, aurait alors bondi vers la rampe, et réussi à être le premier homme vu par HHH depuis sa promesse. Voilà qui aurait été cohérent et montré que Kingston veut vraiment ce match…

 

De six, comment se fait-il que Kofi, qui n’avait pas de match prévu, soit en coulisse, et déjà en tenue de combat?

 

 

Ce n’est pas ma « tenue de combat ». C’est le seul pantalon que je possède.

 

 

Bref, c’est nawak. Bon, heureusement, ce match, Axel le gagne. Première indication de ce qui sera une tendance lourde dans ce ppv, il le gagne sans la moindre tricherie, et sans la moindre interférence de Heyman. Et là, je ne comprends pas.

 

Faisons un petit exercice d’empathie, voulez-vous? Mettez-vous un instant dans la peau grasse et purulente de Paul Heyman. Là, vous y êtes? Ca pue un peu, certes, mais on se sent nettement plus intelligent d’un coup, pas vrai? Bon. Vous savez que ce soir, vous allez affronter le terrible CM Punk, qui vous fera la peau s’il en a l’occasion. Votre seule planche de salut, c’est votre client Curtis Axel, qui sera à vos côtés lors de votre match face à Punk, et qui se trouve être champion IC. Mais soudain, il est décidé qu’Axel doit, au préalable, mettre son titre en jeu contre Kofi Kingston, un homme qui vient de le battre deux fois de suite!

 

 

Je sais. Je vais faire une dépression nerveuse, là maintenant tout de suite! Ah, celle-là, ils l’auront pas vue venir!

 

 

Evidemment, vous ne voulez pas que ce match ait lieu! D’abord parce que Curtis Axel, qui même en pleine forme n’a qu’une chance microscopique de vous protéger de l’ire de CM Punk, sera forcément épuisé après avoir affronté Kofi Kingston. Ensuite parce qu’Axel est votre client et que Kingston risque fort de lui prendre son bien le plus précieux, le titre IC. Donc que faites-vous, si vous êtes Paul Heyman, quand Kingston-Axel démarre?

 

Exactement. Dès que Kofi vous tourne le dos, vous entrez dans le ring et lui mettez un low blow. L’arbitre disqualifie Axel. Qui conserve donc son titre, et qui, surtout, ne s’est pas épuisé à combattre un athlète de la qualité du Ghanéen.

 

Mais Heyman, pourtant présenté, je le répète, comme l’homme le plus intelligent du catch mondial, ne bouge pas une oreille. Il regarde le combat, donne de la voix pour soutenir son poulain, mais ne songe pas une seule seconde à cette option, pourtant élémentaire, qui lui permettrait à la fois de préserver la fraîcheur physique et la ceinture de son acolyte. C’est absurde. A moins qu’on considère, comme j’ai fini par le faire au vu du ppv et comme je l’ai développé en intro, que les heels ont tous été frappés de stupeur et de léthargie tout au long de ce dimanche placé sous les auspices d’un fair-play incongru.

 

 

– Paul, je suis cuit, fais quelque chose!

Hein? Ah oui. J’avoue que je n’ai pas trop regardé ton match, je réfléchissais à l’organisation de mes obsèques.

 

 

Quoi qu’il en soit, après un combat ma foi tout à fait regardable, Axel finit par gagner — de façon absolument clean, soit dit en passant. Heyman ne l’a même pas aidé à gagner en grugeant, il n’est jamais intervenu pour distraire Kofi, il s’est contenté de crier des encouragements depuis les abords du ring. Axel gagne, donc, ce qui est censé nous faire croire qu’il a ses chances contre Punk, je suppose. Sauf que son crédit est entamé depuis bien longtemps. Sur ses trois derniers matchs, il accuse maintenant deux défaites pour une victoire face à Kingston, pas non plus le plus terrible des catcheurs. Et il a quand même combattu le virevoltant Kofi pendant dix grosses minutes, puisant évidemment dans ses réserves. Heyman va donc gérer Punk avec l’aide d’un Axel fatigué, super…

 

 

– Paul, je suis vraiment cramé, là, t’as prévu un plan génial pour notre match contre Punk, j’espère…

Heu… Je peux te masser la nuque si tu veux.

Putain, je me souviens maintenant. Le manager de papa, c’était Heenan, pas Heyman! J’ai déconné!

Heu… Attends… Je peux te filer du Synthol aussi… Si j’en trouve…

Non mais quelle misère…

 

 

La débandade de l’état d’esprit heel n’en est qu’à ses débuts. Dans l’un de ces sombres couloirs remplis d’objets insolites dont tous les stades ricains paraissent constitués, AJ Lee, qui se prépare à son Four Way contre les Total Divas, tombe sur ses copines Alicia, Aksana et Layla, et leur demande naturellement de la soutenir ce soir. Sans la moindre raison, elles la laissent en plan et se cassent. Pourquoi? Pour rien. Parce que ce soir, les méchants se conduisent comme des gentils, voilà pourquoi.

 

 

– Salut les heelettes! Je vous offre un beau petit moment de gloire : venez casser de la Total Diva en ppv!

Oh non, on préfère poursuivre notre quête de célébrité en nous éclipsant discrètement et en n’apparaissant plus de la soirée.

Vous êtes devenues connes ou quoi?

Pas connes. Gentilles.

 

 

Le match démarre, et évidemment les trois donzelles de la télé-réalité commencent par virer la championne du ring, avant de s’expliquer entre elles. Pour l’occasion, Natalya ressort même son double sharpshooter, déjà vu lors de l’excellente feud que le duo qu’elle formait avec Beth a livrée il y a deux ans à Michelle McCool et Layla.

 

 

Cette préparation a duré trente bonnes secondes. Soit le temps qu’il aurait suffi à l’arbitre pour compter dix tombés de Brie sur Naomi, s’il n'avait pas eu les yeux coincés dans le décolleté de Natalya.

 

 

Naomi et Brie sont au supplice, mais évidemment AJ revient du diable vauvert et du ringside, éclate Nattie et cale sa magnifique prise de soumission. Les deux sharpshootées sont trop endolories pour pouvoir sauver le coup, et la pétomane finit par abandonner. Bonne séquence finale d’un match qui n’aura pratiquement valu que par elle, mais qui une nouvelle fois nous montre une championne heel qui gagne de la façon la plus propre qui soit — et cela, malgré le fait que ses alliées l’aient abandonnée quelques instants avant le combat…

 

 

– Hé, m’sieu l’arbitre! Ca fait dix secondes qu’elle tape sur ma jambe, là! Elle a abandonné, z’attendez quoi pour faire sonner la cloche?

Heu, oui, pardon. Je faisais pas gaffe, je regardais ses nibards.

 

 

Après un passage dénué du moindre intérêt du côté de Josh Mathews et de ses invités Booker T. Alex Riley et Santino Marella, qui rivalisent de platitudes, voici venir le WHC Match. Un peu plus tôt, RVD et Ricardo ont eu un dialogue pénible dans les vestiaires, le fumeur de shit demandant à son acolyte de lui traduire quelques mots en espagnol. Et Rodriguez de traduire « Alberto Del Rio » par « sans couilles ». Ouais.

 

 

– T’es sérieux? Il n’a pas de couilles?

Non. A la place, il a deux putain de boules de bowling.

 

 

– Haha, c’est marrant ça. Dis donc, truc, tant que je te tiens, comment on dit en espagnol « Un gramme de coke et une pute mineure, vite »?

Ah, y a bientôt une tournée au Mexique?

Heu, nan, c’est au Brésil, j’crois, mais spareil.

 

 

Ce combat sera le seul de la soirée où le heel s’en sortira par des moyens… de heel. Saluons donc Del Rio, unique ordure à mériter ce nom dimanche dernier. Après un quart d’heure qui a été très exactement ce à quoi on pouvait s’attendre, c’est-à-dire un enchaînement des attaques habituelles de RVD et des contres habituels d’Alberto, le Cross Armbreaker est porté, RVD atteint les cordes, Del Rio ne relâche pas sa prise, il est disqualifié. Oui, c’est frustrant de voir un match de championnat du monde en ppv se finir comme ça, mais pour moi qui place la cohérence des personnages bien avant la qualité des combats, c’est une issue pleinement acceptable. Del Rio veut battre RVD, comprend que ça sera plus dur que prévu, et quand il voit que l’autre arrive même à survivre à sa prise de finition, il décide de ne pas desserrer son étreinte, quitte à être disqualifié : il conserve son titre, et c’est bien l’essentiel. Moi, ça me va très bien, à charge pour les bookers de décider, pour la suite, d’une stipulation qui empêchera le heel de s’en sortir par un tel stratagème.

 

 

Heel il est des nôtres.

 

 

Ricardo Rodriguez, dont le heel turn en faveur de son ancien patron apparaissait peu probable au vu des récents événements (on ne brise pas le bras à son allié secret si l’on souhaite qu’il vous aide à conquérir le titre), n’a joué strictement aucun rôle dans le combat. Il se rattrape par la suite, quand Del Rio s’apprête à finir Van Dam à coups de chaise. Ricardo attrape la chaise, RVD attrape Del Rio, et le public de Detroit peut popper pour le régional de l’étape quand celui-ci le gratifie d’un Van Terminator à travers la chaise, avant de parader avec la ceinture. Cette feud sans grande passion va donc continuer, et c’est presque la meilleure nouvelle de ce ppv, du moins en termes de cohérence globale, mon mantra personnel à moi que j’ai.

 

 

– Hou là, c’est super loin…

Pas grave, senor Rob, t’as qu’à te viander à mi-distance et allonger les jambes pour toucher la chaise!

 

 

– Haha, que ferais-je sans toi, mon fidèle Roberto!

Ricardo.

Ah ouais, scuse, je débute en espagnol moi.

 

 

Un petit tour en coulisses, où l’en retrouve d’abord Heyman et un Axel qui, au cours de ce ppv, a pris un peu de volume, au point que Popaul, toujours aussi tourmenté, finit par décider qu’il croit en lui. Là, je commence déjà à douter du plan secret de Paul, tant il a l’air aux abois. C’est une chose de jouer cette partition terrifiée dans le ring, quand il sait que Punk le regarde, et a donc intérêt à chercher à le duper; c’en est une autre que de le faire en coulisse, en tête à tête avec son compagnon Axel…

 

 

– Bon, Paul, révèle moi le super plan que t’as préparé pour tout à l’heure. T’as embauché qui? Brock? Un de ses potes de MMA? Un sniper professionnel?

Non. Mon plan, c’est que tu battes Punk, comme ça il ne pourra pas me taper.

– Aaaah, je vois. Tu penses que cet endroit peut être sur écoute, et tu ne veux pas dire à voix haute ce que tu mijotes! Pas pour rien que t’as un QI à faire passer Einstein pour un macaque!

Heu… Ouais, c’est ça. Ravi de t’avoir connu, machin.

 

 

Nouveau tête à tête dans la foulée, entre HHH et Orton. Faudra m’expliquer pourquoi, une fois sur deux, le premier mec d’une scène tournée backstage est montré au téléphone avec un inconnu, avant de raccrocher en voyant arriver son interlocuteur.

 

 

Bon sang, j’ai beau appuyer sur tous les boutons, ce rasoir électrique ne marche pas du tout.

 

 

Orton veut des explications sur la promo inaugurale de Trips : pas de Shield ce soir? Pas de Show? Mais, heu, pourquoi, t’as été mordu par un con radioactif ou quoi? Parce que, répond le boss, je veux vraiment savoir si je ne me suis pas trompé en te choisissant parmi tous les hommes. Tu dois faire tes preuves.

 

Alors là, je ne capte pas. Comme dans la séquence précédente, entre Heyman et Axel, c’est une chose de parler dans le ring, c’en est une autre de parler discrètement en coulisse avec son allié. HHH veut donc réellement un match sans interférence ce soir? Il veut vraiment savoir qui de Bryan et Orton est le meilleur? Mais alors, bon Dieu, pourquoi avoir mobilisé tant d’efforts pour détruire Bryan depuis Summerslam? Pourquoi avoir requis que le Big Show le mette KO à plusieurs reprises, pourquoi avoir donné le feu vert aux agressions du Shield, pourquoi avoir exigé que Bryan renonce carrément à son title shot? Ca ne colle pas du tout, et je partage pleinement les interrogations de Randy devant ce retournement soudain et inexplicable du top HHHeel, devenu l’espace d’une soirée un top face imperturbable…

 

 

T’as prévu un truc et tu veux me faire la surprise, c’est ça?

– Randy…

– Attends, je sais : t’as fait re-signer Rhodes, et c’est lui qui va me faire gagner!

– Randy…

– Non, encore mieux! Rhodes ET DiBiase! Le retour de la Legacy! C’est génial!

– Randy…

– Ah mais j’aurais dû le deviner, quand ils se sont barrés en l’espace de quelques semaines! C’est brillant, Hunter. Le Shield, ils sont sympas, mais ça me manquait d’avoir deux vrais larbins super serviles. Allez, à toute, et viens me tendre la ceinture à la fin, je kiffe quand tu fais ça!

 

 

La WWE a six Title Matchs à présenter au cours de cette soirée, plus le combat Heyman-Axel contre Punk, donc sept combats. Ajoutez-y la longue promo d’intro et vous constaterez que ça ne laisse pas énormément de temps. Eh bien, à la demande de strictement personne, voilà qu’on nous ajoute un Miz-Fandango dénué à la fois d’enjeu et d’intérêt. Miz gagne (et comme tout au long de soirée, le heel de service n’a strictement rien fait de répréhensible), et on s’en fout complètement. Il y a quelques semaines, Miz semblait parti pour rejoindre la croisade de Bryan contre l’establishment, mais le voilà à enchaîner les concours de danse et les matchs contre Fandango. Et tant mieux, en fait.

 

 

L’un des participants à ce match est un insupportable connard arrogant doté d’une tête à claques de compétition. L’autre, c’est Fandango.

 

 

Michael Cole nous rappelle que la WWE est extrêmement fière de son partenariat avec la garde nationale et de tous ces héros en uniforme qui protègent la liberté des Américains en semant le bien et les bombardements ciblés à travers la planète, la foule scande USA USA, le monde entier est ému aux larmes.

 

 

Tu vois le ring d’ici, Bob?

– Ouais Rick, parfaitement.

– Y a le Miz?

– Ouais, Rick.

– OK. Je lâche la bombe.

 

 

Des larmes, on va vraiment en verser quelques minutes plus tard, quand CM Punk mettra enfin ses mains de tueur sur la gorge du pauvre Paul Heyman. Là aussi, le match sera booké très étrangement. C’est un match sans disqualification, n’est-ce pas. Axel et Punk commencent donc à échanger des coups de Kendo Stick, sous le regard pétrifié d’un Heyman qui n’intervient à aucun moment. Pour mémoire, à Summerslam, il n’avait pas hésité à casser des tombés de Punk sur Lesnar à mains nues. Là, si Axel perd, il se retrouve seul contre un Punk déchaîné, mais il ne brise aucun tombé, alors même qu’il pourrait y aller à coups de chaise, de bâton, de taser…

 

 

Grâce à ma maîtrise de l’hypnotisme, je vais mesmériser mon adversaire! Hé Punk! Regarde mes yeux, qu’est-ce que tu vois?

 

 

The Cult of Personality!

 

 

Merde!

 

 

La stipulation indique également que Paul n’a pas de plan machiavélique en réserve. Car dans ce cas, rien n’aurait empêché l’éventuel nouveau Heyman Guy (ou LES nouveaux Heyman guys, tant qu’à faire) de se précipiter dans le ring dès la première minute pour voler au secours d’Axel…

 

Paul Heyman n’a rien prévu, si ce n’est compter sur le faiblard Curtis Axel. Non mais sans déconner.

 

 

– Heu… Curtis, attention!

Tain mais Paul, il est sur le turnbuckle, va lui coller un coup de Kendo Stick dans les burnes!

Hé ho, doucement, hein. C’est moi le cerveau ici!

 

 

Evidemment, Axel finit par céder, sur un enchaînement GTS – Anaconda Vice. Et Heyman comprend qu’il va prendre la dérouillée de sa vie.

 

 

Diable. CM Punk a déjoué mon plan machiavélique.

 

 

Non! Il s’enfuit vers les travées! Et Punk le suit, bien sûr! Ah cette fois c’est certain, Heyman a planqué un de ses potes, où le Shield entier, dans l’un des rangs du public, il y conduit Punk comme le joueur de pipeau de la fable conduit les rats au lac où ils se noieront et… ah ben non, Heyman retourne dans le ring, Punk le suit et le dérouille.

 

 

CM Punk est l’un des plus grands techniciens du catch moderne. Maître du muy thaï, il excelle aussi dans une dizaine d’autres arts martiaux et diverses méthodes de combat rapproché. Ici, il met les doigts dans le nez de son adversaire et lui tire l’oreille.

 

 

Rhaaaa!!!

 

Le beatdown est dégueulasse et dérangeant. Je ne sais pas quel type d’individu est assez malade pour réellement apprécier une séquence où un athlète en pleine forme éclate violemment un homme bedonnant nettement plus âgé. Je n’avais déjà pas aimé le sinistre Cena-Laurinaitis, mais au moins ce dernier avait-il été, quelques années plus tôt, un catcheur émérite. Heyman n’a jamais fait de sport de sa vie, et le spectacle de son supplice, même éclairé par le rappel de ses agressions précédentes sur Punk, a laissé un goût pour le moins désagréable dans ma petite âme de tafiole. D’autant que le gentil a même menotté le méchant pour le frapper plus facilement.

 

 

Et voilà les menottes. Maintenant, laisse-moi juste sortir les boules de geisha…

 

 

Heureusement, la providence allait finir par se manifester, sous la forme élancée de Ryback. Au moment où Punk s’apprête à écraser définitivement son bâton dans la tronche déjà bien abîmée de son ancien mentor, le bully de ces lieux se matérialise dans son dos, l’empoigne et le propulse à travers une table opportunément laissée dans un coin depuis le match d’Axel. Avant de déposer sur son corps inanimé un Heyman inconscient et lui offrir ainsi la victoire. Son forfait accompli, le salopard aux allures de sauveur de senior citizen en détresse rapatrie son nouvel ami dans les coulisses, et laisse un Punk ensanglanté pester contre sa propre connerie dans le ring.

 

 

– Heu, Punk, tu devrais faire le tombé quand même.

Ben pourquoi, m’sieu l’arbitre?

Comme ça, une intuition.

 

 

Je n’ai rien contre une association Heyman-Ryback, pour ma part. J’aime bien l’ex-Sheffield et sa trogne de pithécanthrope, et Paulo peut lui faire le plus grand bien. En outre, j’aurais été dégoûté de ne plus voir Heyman pendant un long moment, car c’est l’un des performers les plus fun de la WWE. Mais cette issue salvatrice ne règle aucun de tous les problèmes cités précédemment : l’absence de plan de secours de la part de Heyman (qui a pourtant eu des semaines pour préparer son coup) et sa passivité pendant Axel-Kingston puis pendant Axel-Punk portent un rude coup à son personnage de génie du mal, transformé l’espace d’une soirée en petit bourgeois tétanisé par la peur. Voire, pire encore, en face décidé coûte que coûte à respecter les règles…

 

 

– Allez, tu vas reprendre des forces et tu vas m’expliquer comment devenir champion du monde.

– Jamais! Vous êtes intervenu dans mon match, monsieur, et ce n’est pas bien!

 

 

Avec tout ça, l’horloge tourne, donc on va expédier en deux deux les matchs concernant le Shield. Tout d’abord, Ambrose vainc Ziggler… oui, vous l’aurez deviné, il le vainc ultra-clean, sans la moindre intervention de Reigns et Rollins et sans la moindre heelerie, et en quelques minutes oubliables. Si même le Shield se met à catcher proprement, où va-t-on ma bonne dame?

 

 

– Merde, j’ai l’impression d’avoir oublié un truc…

Ouais, t’aurais dû au moins me mettre une fourchette dans les yeux. Ou un coup de pied dans les couilles.

Ah mais oui, c’est ça. Je peux encore le faire maintenant, non?

Nan, c’est trop tard. Heureusement, tout le monde aura oublié cette soirée d’ici quelques jours.

 

 

Rollins et Reigns finissent bien par débouler dans le ring, mais seulement pour féliciter leur camarade une fois son match achevé. Ca tombe bien, retentissent les trois coups de sifflet de Titus O’Neil, semblables aux trois coups qui annoncent le lever de rideau de quelque spectacle inoubliable. Bon, le match n’aura rien d’inoubliable. Les Players, qui ont donc comme prévu remporté le tag team turmoil en pré-show, ne vendent aucune fatigue, ce qui ne les empêche pas de perdre. Là aussi, pratiquement pas de heelerie de la part des heels, si ce n’est le Spear final de Reigns, qui n’était pas l’homme légal — mais ce genre de gruge est si fréquent dans les matchs par équipes, côté heel comme côté face, qu’on a du mal à s’écrier en le voyant « mais quels salauds ces heels, décidément! »

 

 

– Heu, je tiens à vous prévenir, les Players, parfois on fait des blind tags un peu limite.

– Pas de problème les mecs, on était heels pendant que Darren était dans le placard, on sera compréhensifs.

– C’est cool. On aimerait pas que vous pensiez qu’on est pas fair-play ou quoi, hein.

Vous en faites pas, on a vu votre pote Ambrose à l’œuvre, on sait que vous êtes réglos.

 

 

On a donc vu jusqu’ici un show où, à l’unique exception de Del Rio (et encore, il aurait pu se montrer bien plus heel que ça, par exemple en maravant Ricardo), les heels se sont montrés bien élevés, ont gagné ou perdu clean, et n’ont jamais affiché des dispositions au Mal pourtant consubstantielles à leur statut. Le main event représente donc notre dernier espoir! La machine McMahon a sans aucun doute multiplié les fausses pistes, et Daniel Bryan va forcément prendre une nouvelle raclée particulièrement vicieuse! Le règne d’Orton va se prolonger, il est bien trop tôt pour que la chèvre retrouve le titre WWE que les tout-puissants salauds lui ont subtilisé!

 

 

Ah.

 

 

Bim. Comme HHH l’avait annoncé, il n’y a eu aucune interférence. Rien. Et aucune heelerie d’Orton. Le seul fait marquant, et qui ne manquera sans doute pas d’être exploité, c’est un ref bump complètement accidentel, qui a provoqué le remplacement momentané de Scott Armstrong par un collègue. Armstrong retrouve ses esprits vers la fin du match, rentre donc dans le ring dont l’autre arbitre se retire, Bryan claque son Busaiku Knee, Armstrong fait le compte un peu trop vite (mais Orton était de toute façon KO pour le compte), et Bryan redevient champion WWE! Hourra!

 

 

A l’image de tous les autres heels en cette soirée maudite, Randy Orton s’interpose entre Daniel Bryan et Scott Armstrong pour éviter à l’arbitre d’encaisser un mauvais coup.

 

 

Hourra, disais-je. Sauf que non. Sauf qu’on ne ressent pas cette explosion de joie qui aurait dû accompagner le moment orgiaque de la victoire finale de Danny sur les margoulins.

 

Pour trois raisons : primo, cette histoire d’arbitre brouille assez les cartes pour qu’on puisse être certains que la Corporation brodera dessus dès le Raw du lendemain. Or on a déjà eu le coup, à Summerslam, de la victoire de Bryan rapidement sabrée par les heels, et ça commence à être redondant.

 

Deuxio, les méchants ont été tout au long du ppv, et spécialement dans le main event, particulièrement mous. Orton a livré un match clean et a perdu clean, et personne ne s’est interposé en sa faveur : du coup, la montagne que Bryan a dû gravir apparaît bien moins impressionnante, a posteriori. C’est une chose quand on nous raconte l’histoire d’un homme courageux qui défie une adversité disproportionnée en un combat inéquitable (ce que Bryan n’avait cessé de faire depuis Summerslam); c’en est une tout autre quand on nous montre un « simple » combat de catch sans interférence. Bryan avait déjà vaincu Orton clean il y a peu. Il avait aussi battu clean Sheamus, et même Cena à Summerslam. Le voir battre Orton en un contre un n’est donc pas extravagant et ne nous fait pas spécialement bondir de notre siège. L’exploit n’est pas aussi colossal que l’aurait été une victoire arrachée à un Golden Boy se conduisant comme la pire des raclures et assisté de toute la Corporation maléfique.

 

Enfin, tertio, c’est arrivé trop vite : on aurait dû loooonguement savourer les efforts incessants du héros et les avanies de ses adversaires, avant un énorme feelgood moment, au cours duquel le combat aurait enfin été équitable (par exemple dans la cage de Hell in a Cell, ou bien grâce au réveil des amis de Bryan qui auraient permis d’équilibrer les chances). Là, on a eu une sorte d’éjaculation précoce.

 

 

Dis Randy, c’est quoi qu’est prévu pour le prochain ppv?

Tu affrontes Triple H pour le titre, tu gagnes, mais là-dessus j’arrive, je fais jouer ma clause de rematch et je redeviens champion.

Ah OK. Et ça va durer longtemps ce cirque?

– Ben jusqu’au retour de Cena, voyons.

 

 

Alors oui, l’histoire va continuer, les méchants vont probablement se ressaisir et s’accrocher à la brindille du ref bump pour sauver ce qui peut l’être, mais tout ça aura été bien bien foireux. On nous a raconté pendant des semaines que HHH et sa clique étaient des ordures sans nom, et voilà qu’ils prennent des décisions de face et catchent comme des faces. On nous a raconté que Paul Heyman était un génie du Mal, et voilà qu’il ne prépare rien du tout pour sauver sa propre peau. On nous a raconté que les heels étaient méprisables et tricheurs, et voilà que, en plus d’Ambrose et du duo Rollins-Reigns, AJ Lee et Curtis Axel gagnent leurs matchs absolument clean. Quand le seul heel digne de ce nom dans le roster est le solide mais peu enthousiasmant Alberto Del Rio, c’est que quelque chose est pourri au royaume du Mark. Allez, les canailles, reprenez-vous, et vite. C’est l’univers entier qui va s’écrouler si vous continuez à vous efFACEr. Et ça, ça serait pas bon pour le business.

 

 

Ah ben fallait le dire tout de suite. Allez, Daniel, rends-moi cette ceinture immédiatement.

 

 


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