En mode schtroumpf grognon

Sapristi saucisse!

Grominet

 

La Road to Wrestlemania est rarement une période très créative : on y fait la part belle aux talents confirmés (ou aux plus pistonnés, suivez mon regard), on emplâtre gaiement les jeunes stars dans le plafond de verre, bref la période est bonne pour que le schtroumpf grognon se penche, l’air mauvais, sur le show du lundi.

 

 

Paré.

 

 

Nalyse de Raw du 5 mars

 

Sapristi saucisse!

Grominet

 

La Road to Wrestlemania est rarement une période très créative : on y fait la part belle aux talents confirmés (ou aux plus pistonnés, suivez mon regard), on emplâtre gaiement les jeunes stars dans le plafond de verre, bref la période est bonne pour que le schtroumpf grognon se penche, l’air mauvais, sur le show du lundi.

 

 

Paré.

 

 

Nalyse de Raw du 5 mars

 

 

« Est-ce que nous ne nous serions pas fait enculer ? » Certes, elles sont dures ces paroles du professeur Garrison dans South Park, mais l’homme de science n’est pas si éloigné de la réalité qui est la nôtre aujourd’hui à la WWE, en tous cas la mienne car je sens que mon aigreur du moment va encore me valoir une déferlante de désaccords.

 

Comment a-t-on pu en arriver là ? Où est passé ce Marine dont on espérait un turn imminent, ou qui au moins devait développer, étoffer son personnage pour ne plus être ce monolithique ahuri du lundi soir ? Le tout face à un ennemi supposé méphistophélétique, et qui se révèle n’être qu’un gros bourrin masqué dont même Uwe Boll ne voudrait pas…

 

Comment peut-on, encore, voir arriver un match entre le Taker et Triple H, pour la troisième fois à Wrestlemania, alors que le combat de l’an dernier, quand bien même il a impliqué deux légendes, était quand même déjà une vilaine purge ?

 

Comment peut-on accepter que CM Punk soit devenu un Champion classique ? Par classique, j’entends qu’il est rentré dans le moule du kayfabe, et qu’il est bien loin le temps où il entendait casser le quatrième mur. Il reste un génie au micro et un lutteur de grand talent, mais il est rentré dans le rang.

 

Comment peut-on voir Ziggler, Swagger et d’autres ne même pas, pour l’instant, avoir un match, même pour du beurre, au Grandest Stage, si vraiment ils ont un avenir dans la fédération ?

 

Et non, trois fois non, je ne parviens pas à m’extasier sur Rock/Cena à WM. Je serai peut-être ravi APRES le match, s’il amène autre chose que la simple confrontation entre deux star-systems et s’il contribue à faire avancer la WWE, mais en l’état le combat ne m’inspire aucune impatience particulière.

 

Autant dire que je n’accueillais pas ce Raw avec beaucoup de bienveillance, d’autant que la semaine dernière le show rouge avait contaminé son homologue bleu, traditionnellement meilleur à mon goût. Certes, Jericho is back, ce qui pourrait me donner envie de courir nu autour de la place Gambetta de ma belle ville, certes il va être confronté à Punk, mais tout le reste ressemble à un gros chat qui s’étire paresseusement en attendant son bol de lait !

 

C’est donc avec un « groumf » que je m’affalai devant ma victime.

 

Et d’entrée, je sens bien que les choses ne vont pas se dérouler pour le mieux : HBK fait son entrée.

 

Soyons clairs : j’ai, comme beaucoup, été très admiratif du talent de Hechebiqué. Mais aujourd’hui, j’ai sous les yeux un vieux chasseur texan qui ne sert plus qu’à agiter de vieux souvenirs sous le (gros) nez de son ancien camarade Tripeulétche. Et il me revient à la mémoire l’un des glorieux mentors du site, Axl, Silver, Mako ou Sat, qui pronostiquait il y a quelque temps que le Sexy Boy… enfin disons « the man formerly known as sexy boy », pour faire du Prince, que le Sexy Boy, donc, serait l’arbitre spécial du match à WM entre le Taker et HHH. Et, encore une fois, son numéro de vieux cabot ravi de revenir commence très singulièrement à me courir sur le haricot (eh oui, je n’ai pas l’arbre arrogant d’Axl, à ma grande honte), surtout dans la mesure où il n’apporte plus aucune plus-value, et surtout plus vraiment d’émotion. Oh, bien sûr, il est très content que HHH ait accepté le défi du croque-mort, mais définitivement, je n’ai pas trouvé grand intérêt à cette intervention.

 

 

Allez Hunter, comme au bon vieux temps. Tire sur mon doigt.

 

 

Après, force est d’admettre que HBK, surtout en duo avec HHH qui n’a pas tardé à faire son entrée, est tout de même excellent au micro, mais quand le contenu n’y est pas…

 

Car figurez-vous que si HHH a décidé d’affronter le fossoyeur, c’est parce que ce dernier a sous-entendu qu’il était moins bon que HBK. Ouah l’aut’ hé, même pas vrai d’abord. Et pis d’abord c’est pô bien de dire que son copain est un loser, alors il va casser la gueule au Taker.

 

Evidemment, HBK est très touché que son camarade soit vexé parce qu’on le dit inférieur à lui, mais il aura sans doute l’occasion de se venger en étant… l’arbitre du match. Issue connue, promo convenue, difficile d’applaudir.

 

En revanche, comme vous le savez, je fais partie de ceux qui pensent que HHH rêve de devenir la plus grande légende du catch, et que pour cela il est prêt à réclamer la streak à beau-papa. Supposons maintenant que HBK se fasse l’arbitre de la défaite de son ami : soit HHH considère que sa place n’est plus dans le ring, et quitte l’arène par la petite porte, soit il demande justice en s’en prenant à son ancien ami qui a déjà dit qu’il ne lutterait plus. L’une comme l’autre des solutions ne paraissent pas valables. C’est pourquoi je crains fort que le beau-fils ne créé une surprise amère…

 

Et c’est tout. Je suis navré, je suppose que certains sont aux anges après cette promo, cette annonce, mais tout cela sent tellement le réchauffé que j’ai du mal, beaucoup de mal, à m’extasier. C’est d’autant plus dommage quand on connaît, encore une fois, le talent des deux hommes avec une pipebomb entre les mains.

 

 

Non mais comprends-moi: ils disent que tu es un bigleux abruti, je ne peux pas laisser dire ça. Il faut que je lave ton honneur en me montrant meilleur que toi! C'est logique!

 

 

Après cette digression, justifiée par le fait que cette séquence prenait place au début du show et avait un peu tendance à miner le terrain pour la suite, revenons-en, si vous le voulez bien, au show en lui-même. En période de Road, il est évident que la clé de voûte de la WWE est l’imminence de Wrestlemania. Dit comme cela, cela semble tautologique, mais en voyant le show c’est d’autant plus sensible : tout, absolument tout, était tourné vers l’événement d’avril. Autant dire que les lowcarders auront encore moins la voix au chapitre qu’à l’accoutumée.

 

Première étape avec… Santino. Santino ? Wrestlemania ? What the fuck me direz-vous avec une grande grossièreté ? Santino affrontait en effet ce soir Jack Swagger pour rien moins que le titre de Champion US. En ce moment, Santino a le vent en poupe : une participation (excellente) à l’Elimination Chamber, car il ne faut pas oublier qu’avant d’être un clown Santino est un bon lutteur et pas un bodybuilder comme John C., un bon Rumble, quelques matchs « de prestige », et surtout, Santino a une popularité qui ne se dément pas. A bientôt 40 piges, l’Italo-Canadien est sans doute proche de la sortie, et il n’est pas interdit de penser que comme pour Mark Henry ou Kane, tout cela ressemble à un joli cadeau pour un bon soldat. Car le cadeau, c’est bien le titre US, remporté par Marella devant une foule en délire.

 

Néanmoins, quelques points sont venus noircir le tableau. Le match, en lui-même, s’est déroulé sur fond de guerre des chefs entre Laurinaitis et Long, chacun y allant de ses troupes pour déstabiliser le combat, Ace utilisant Ziggler, Otunga et Vickie, et Long Kingston et Aksana (tiens, elle est donc bien face, la poule de luxe). Tout cela s’est terminé par Ace expulsé de l’arène par un Long ayant pris le pouvoir à Raw. Et il faut rappeler que la semaine dernière il était prévu que les deux hommes échangent de shows, ce que manifestement Laurinaitis a oublié… Espérons simplement que cela ne se conclue pas par un match à Wrestlemania, ou alors au moins pas par un match entre les deux hommes mais entre deux champions, dont l’un pourrait être Swagger ou Ziggler selon celui qui ira défier Santino. Quant à l’autre… Justin Gabriel ? Tyson Kidd, puisqu’il est devenu face ? Le premier nommé offrirait au moins l’opportunité de vendre des PPV en Afrique du Sud.

 

 

Habile bricoleur, Swagger finit de fabriquer sa propre table à coups de marteau.

 

 

Et quelle désillusion pour Swagger… On parle quand même d’un ancien WHC, qui n’aura à peu près jamais défendu son titre US, et qui s’enfonce dans l’anonymat alors que son talent reste indiscutable. Espérons qu’il aura au moins un rematch à WM, ce qui lui permettra d’être sur la carte du Grandest Stage of Them ALL, même si je redoute qu’il ne doive céder la place à Ziggler après avoir perdu son rematch en weekly. En tous cas cela offrira un feel good moment aux spectateurs de WM avec celui qui a désormais un palmarès bien plus étoffé que JoMo (et ça fait réfléchir) : Santino Marella !

 

Nouvelle escale, par la division Divas, où Alicia Fox affronte la champ… ah non, tiens, c’est Eve Torres. Ah oui, il faut qu’on comprenne qu’elle est heel, donc elle affronte une face. Non mais, les gars, n’essayez pas de nous faire croire que vous construisez quelque chose avec les Divas : Eve, tout le monde s’en cogne (même si elle ne démérite pas dans une storyline assez navrante et franchement puérile), et de toute façon, à WM, Beth affrontera Kharma, ou subsidiairement la pétomane. En tout cas, c’est la vilaine Eve (bouh bouh méchante !) qui l’emporte, sous le regard de Kelly Kelly qui aura agréablement décoré la table des commentateurs. Mais qu’entends-je ? Qu’ouïs-je ? La musique d’entrée de Ryder ? Qui vient descendre en flammes sa périprostipute d’ex-copine ? Voilà qui est dit !

 

Et sur ce nouveau désaveu d’Eve, se rajoute le segment qui décrédibilise Ryder : elle le poursuit dans les coulisses, l’embrasse… et il a l’air niais du gars qui pardonne tout. Eve est donc un schtroumpf noir qui transforme en schtroumpf noir tout ce qu’elle touche. Moi j’aime pas les schtroumpfs noirs.

 

 

Mais enfin, Zack, tu m'as confondue avec Paris Hilton?

 

 

On pourra d’ailleurs débattre longtemps des comportements du public vis-à-vis d’Eve qui finalement incarne la femme qui cherche à survivre dans un environnement majoritairement masculin, et utilise à cette fin tous les moyens dont elle dispose. On y assiste souvent à des déferlantes de machisme ordinaire, à cette peur de l’émasculation chez tous les membres du sexe fort, et d’un certain point de vue c’est assez cocasse.

 

Montons un peu dans la carte, et tournons-nous vers l’affrontement entre Miz et Show. Le match n’a pas encore commencé que Cody Rhodes débarque, avec un nouveau moment prétendument embarrassant pour Show : lors de Wrestlemania 18, il a poussé un whoooooo efféminé comme le premier Ryder venu.

 

On a connu plus embarrassant mais passons. Miz, un peu vexé qu’on ne prenne pas soin de lui, s’attaque donc à Show. Show riposte : un Edge, un KO Punch rebaptisé Weapon of Mass Destruction donc, et voilà le tombé. 10 secondes, et un ancien champion WWE qui s’écroule sous les coups du contender à l’Intercontinental Championship. Pardon, mais c’est grotesque. Je n’ai aucune sympathie pour The Miz, que je trouve surévalué au micro et très moyen dans le ring, mais lui faire subir ça est totalement ridicule, à moins qu’il n’en finisse plus de payer sa lourde bourde lorsqu’il a raté une réception de Truth. Et quand bien même, ce genre de choses devrait se régler en coulisses, pas au vu et au su de tous, sous peine de détruire tout le travail fait sur un lutteur. C’est, en fait, assez comparable, toutes proportions gardées, au sort de McIntyre, « renvoyé » la semaine dernière après avoir été champion IC et avoir, sauf erreur, participé à EC l’an passé.

 

Il n’y a pas de place pour tout le monde au sommet, mais étant donné son palmarès et l'importance que la WWE lui a donnée, Miz mérite le upper-midcard, pas une place de paillasson.

 

 

Psssst! Batman! La cape! LA CAPE!

 

 

Tout cela me rappelle que l’on n’a toujours pas revu le Funkasaurus. Ce gimmick était grotesque, donc cela me convient, mais j’espère que Clay rebondira rapidement, tant le garçon a de talent.

 

Dernière escale avant les sommets de la carte, pour voir Kane détruire Truth, avant de subir la colère d’Orton. Orton n’avait aucune place dans WM, il en a une, manifestement. Que dire de plus ? On trouve une place, en catastrophe, à un Orton diminué. Rien ne dit que le match sera bon étant donné la santé de Randy, mais WM est la fête absolue du star-system alors…

 

 

A 40 ans, faites contrôler votre prostate.

 

 

Passons, enfin, aux ténors actuels de la WWE. Le match Rock/Cena ne m’inspire rien, comme dit précédemment, mais considérant leurs poids respectifs je vais les garder pour la fin, et vous parler rapidement du match par équipe opposant Sheamus et Punk à Bryan et Jericho. Difficile de ne pas fantasmer devant pareille affiche, ceci d’autant plus que Sheamus a pris une dimension incroyable cette année, s’imposant à la faveur d’un face-turn impeccable comme l’avenir évident de la Fédération, un futur HHH en puissance sans l’ombre d’un doute. A noter, d’ailleurs, que trois combattants sont à peine trentenaires voire ne le sont pas : la WWE a un réservoir limité, mais assez costaud tout de même (quand elle le traite avec bienveillance, ce qui n’est pas le cas de tous, n’est-ce pas Dolphie ?).

 

Conformément aux attentes, avec quatre performers aussi solides, le match l’a également été, efficace, bien construit et surtout bien exécuté. Sheamus en brute épaisse, Punk en champion technicien (le même registre que Jericho, ce n’est évidemment pas un hasard) et Bryan en petite salope avide de coups fourrés. Oui, je sais, cette définition n’est pas académique, mais elle est parlante.

 

Sheamus n’ayant pas besoin d’une victoire, pas plus que Bryan (qui avance avec l'aura du mec qui peut tout gagner par la ruse), il fallait faire avancer la feud entre Jericho et Punk, et c’est donc l’Ayatollah qui fait le tombé sur un Punk médusé, montrant à ceux qui en doutaient qu’il est revenu extrêmement affûté. La construction de la feud se poursuit sans coup férir, et là, avec toute la mauvaise foi du monde, chacun est à sa place et fait ce qu’il faut : rien à redire. Je suis frustré.

 

 

Qu'allons-nous faire ce soir Cortex?

 

 

Et enfin, enfin… le fil rouge de la soirée. The Rock contre Cena. Pour ceux qui s’étonnaient de la médiocrité du Rock la semaine dernière, il s’agissait vraiment pour lui de laisser une victoire de prestige à Cena, car ce soir… si Cena a été très bon, et même excellent, il était très loin du Brahma Bull, arrivé avec une paire de cojones premier choix (et ayant sans doute en plus emprunté celles d’un Del Rio absent, de longue date d’ailleurs).

 

Pendant toute la soirée, The Rock a donné une leçon d’histoire. Profitant du passage de la WWE à Boston, Massachussetts, il s’est servi de son arme principale : l’humour, aux dépens naturellement de son adversaire annoncé.

 

Première étape : le port. Et le voilà qui évoque 1773, et la révolte des colonies contre le colon anglais, le peuple de Boston qui se soulève et crée la Révolution Américaine. Ce soir, c’est la Révolution du Rock. Les Américains ont jeté le thé anglais à la mer ? Il en fera de même avec du merchandising Cena ! Pollueur ! Putain mais il y a des nains de jardin Cena ! Et il termine en beauté avec l’eau de Cologne Cena, qui selon lui sent la peur, la pisse d’opossum et les Fruity Peebles (bon j’avoue, j’ai ri de bon cœur, il y avait « pipi » dans la blague). Autant dire que le Rock s’est lâché, furieusement, sur le thème de Cena qui gaverait le public de son merchandising débile, et le voir qualifier Cena et ses protège-poignets de travesti  en Wonder Woman arrêtant les balles avec ses bracelets, mime à l’appui, c’est grand. Et comme la WWE est une marque grand public, il finit en demandant à un bateau de nettoyer le port…

 

On notera quand même que si Cena est son ennemi, ce n’est pas lui non plus qui est en charge du merchandising, mais comme en politique, un bon message peut faire passer un fond erroné…

 

A Cena de répondre, et il choisit pour ce faire une Arena… vide. Assis seul, il cultive son image de « seul contre tous, je reste droit dans mes bottes, et j’irai à WM sans avoir turné pour continuer à vendre des nains de jardin ».

 

La promo, comme celle inaugurale, est convenue, mais force est d’admettre qu’elle est efficace et très bien servie : Mania est un endroit de légende. Un endroit de rêve. Mais pour ce WM 28, tous les regards se tourneront vers un match, et un seul. Déjà, merci pour les autres, et merci de décider pour le public. En ce qui me concerne, j’attends Jericho/Punk, John, désolé… D’ailleurs cette espèce de morgue de Cena, ces derniers temps, est assez agaçante, cet espèce de turn qui ne veut pas dire son nom. Toujours est-il que Cena, avec conviction, joue sur ses racines, lui qui vient de Boston, et file une analogie avec le foot US : pendant longtemps, les New England Patriots, son équipe, donc, ont tutoyé les sommets. Souvent, ils ont été champions, mais ces derniers temps, ils avaient été battus par New York, le rival honni, avant de reprendre leur bien cette année. Et personne ne se rappelle des seconds. Si Cena gagne, il entre dans l’histoire, pense-t-il. C’est l’opportunité d’une vie, contre la plus grande Superstar de l’histoire, et il est d’ailleurs curieux de voir Cena rendre un hommage aussi appuyé à celui qu’il invectivait la semaine passée, surtout si l’on considère l’accrochage que les deux hommes vont avoir un peu plus tard dans la soirée.

 

Que penser de ce pensum ? WM28, et Cena l’a dit, ce sera aussi, peut-être, la fin définitive d’une ère. Mais laquelle ? La fin définitive de l’Attitude ? Improbable, tant elle hante encore les pensées des spectateurs et les couloirs de la Fédération à travers l’histoire de la WWE sur laquelle elle s’appuie tant. La fin de la Kidz Era ? Cena aurait déjà turné. Habile façon de brouiller les cartes, il faut l’admettre. Pas suffisamment, en tout cas pas encore, pour se passionner, mais une manière intéressante de semer le doute. Le Rock peut-il, comme c’est la coutume à la WWE, perdre devant son public ? Dans ce cas, pourquoi le faire revenir ? A moins d’une revanche lors de WM 29 ? Mais alors, il faudrait une belle lors de WM 30, belle affiche pour un compte rond. A l’inverse, Cena peut-il perdre ? Lui, le porte-étendard de la Fédération, lui qui, on le verra plus tard, a réussi à se faire huer à Boston, sa ville natale, qui perdrait à peu près tout en cas de défaite ? Est-ce qu’il deviendrait plus humain ? Est-ce que cela peut déclencher ce fameux turn, cette fameuse arlésienne ? Car enfin, ce ne serait pas la première fois qu’une idole des kidz rejoindrait le côté obscur de la force, Hogan l’a fait en son temps. Miz deviendrait alors la tête de gondole de la société, mais en ce cas cela voudrait dire que sa streak actuelle relève d’une volonté de l’amener à faire évoluer son personnage ?

 

Bien malin celui qui peut prédire le résultat de ce match, qu’il se sente concerné ou pas. Ce qui est sûr, c’est que le vainqueur de ce match fera aussi triompher la conception du catch qu’il incarne.

 

 

Putain mais si tu veux vraiment jeter un truc inutile, jette les caleçons de BBM!

 

 

Un peu plus tard, Rock est devant la statue de Paul Revere, héros de la guerre contre les Anglais, légende de Boston et super-patriote avant l’heure. On raconte ainsi que tel le premier marathonien il avait relié Boston et Lexington en pleine nuit, manquant de tuer son cheval sous lui, pour avertir des mouvements anglais, lors de la midnight ride. Et si John Cena avait été à la place de Revere lorsqu’il avait averti ses pairs ? Déjà, ils l’auraient abattu, à cause de son accoutrement. Bon point pour The Rock, on devrait tuer les gens qui s’habillent de manière criarde (ceci est un avis personnel qui n’engage pas la Rédaction, cette bande de hippies). Les Américains joueraient au cricket, boiraient du thé et serviraient la Reine. On le supplierait de fermer sa gueule. S’ensuit une comparaison assez lubrique, dans laquelle The Rock imagine ce qu’il se passerait s’il revenait à l’époque pour botter le train de Cena. Franklin serait au chômage, puisqu’il aurait apporté l’électricité, mais surtout sa (censuré pour votre plaisir) serait plus grosse que celle du cheval de Revere et les femmes feraient la queue pour lui faire goûter la spécialité locale… Pour conclure, quand Cena arriverait à dos de poney, il lui collerait une plume dans le fion et le qualifierait de Jabroni (un Jabroni étant un loser, mais aussi, dans le catch, un jobber). A l’inverse, si Revere était là en 2012, il crierait « Le Rock arrive »…

 

Le Rock était donc très en forme ce soir, dans l’outrance évidemment, une outrance qui d’ailleurs ne manquait pas de verdeur, mais dans ce registre, dans cette énergie, il est tout simplement incroyable. De même que sa défaite oratoire de la semaine passée était voulue, la victoire offerte de ce soir l’est tout autant : donner au Rock une occasion de péter les plombs et d’être dans l’exubérance tandis que John Cena doit jouer une partition en toute intériorité, lui qui justement est aussi plutôt énergique, était un cadeau assumé pour le Rock.

 

Les leçons d’histoire du Rock, partie 3, depuis les Boston Commons, lieu capital de la guerre d’indépendance, où les Américains se sont battus pour leur indépendance et pour créer la plus grande patrie du monde (ce sont les mots du Rock). La suite est logique : de la même manière, le Rock se battra jusqu’au bout, et s’il est adulé partout, il n’y a qu’à WM qu’il aura l’opportunité de botter le train de Superman ! Le charisme de Washington, l’aura de Franklin et la « vous savez quoi » (décidément ça le travaille) de John Hancock, c’est ainsi que se définit The Rock.

 

Bon, parler, c’est très bien, mais il faut une confrontation, et c’est la prochaine étape. Drôlement bien fichue cette affaire, on s’y attendait si peu.

 

Le premier qui entre est Cena, sous, donc, des cris de joie, mais aussi quelques huées bien audibles, assez sévères pour l’enfant du pays.

 

Cena commence par jouer une partition assez astucieuse, saluant le retour du Rock, ou plutôt le retour du VRAI Rock, par opposition au quadragénaire en détresse de la semaine précédente, balbutiant et intimidé par celui qu’il dépeint pourtant comme une petite frappe travestie amatrice de céréales. Bonne attaque et qui n’est pas volée, mais ce qui persiste à me faire penser que l’issue de la semaine dernière était écrite, c’est que Cena a pu moquer les prétendus pense-bêtes des poignets de The Rock, ce que la direction n’aurait peut-être pas permis si cela n’avait pas été prévu car c’était tout de même un détail accablant pour Dwayne. Tout du long, pourtant, le public chante à la gloire du Rock, ce qui prouve que Cena n’arrive pas totalement à être prophète en son pays. Cena se justifie, du reste, avec une certaine astuce, demandant à affronter le Rock, pas Dwayne, le Roi mais pas son dauphin. En somme, c’est lui qui exhorte le public à appeler Rocky.

 

Dans ces conditions, le Rock doit être agressif, et c’est ce qu’il faut. Cena a peur. Cena suinte la peur. La peur de tout perdre, de perdre dix ans de travail. Et s’il croit avoir ébranlé le Rock, il lui suffit de regarder : le Rock est en confiance. La rhétorique est assez facile, l’énergie indiscutable, le charisme pas moins, mais il y a tout de même un point qui se juxtapose sur l’analyse que l’on peut faire de l’issue du match à venir à la lumière de ces propos : lorsque Rock dit que si Cena perd, ce sont dix années de travail qui s’effondrent, a-t-il tort ? Dix ans pour imposer une Era qui ne séduit pas tout le monde (mais qui est rémunératrice, diront les mauvaises langues), s’il doit se faire battre par le parangon de l’Attitude Era, l’image et sa symbolique seront lourdes de sens. Et il est vrai que si le Rock gagne, ce sera une sorte de Retour vers le Futur, peut-être le signe d’une réelle révolution culturelle que le Summer of Punk n’a pas été, avec une Era qui vient reprendre ce qui lui appartient. Pourtant, je peine à croire que le  Rock puisse perdre, alors comment concilier les deux ? Alliance des deux super-héros contre les super-vilains ? Match nul ? Mystère.

 

Avant de partir, le Rock lâche son dernier exocet. Lui, au fond, sera toujours le Rock. Au fond de Cena, en revanche, il y a toujours un petit garçon apeuré, qui sera toujours un peu la « bitch » du Rock.

 

Cena, évidemment, grince des dents et, une fois son adversaire parti, clame qu’il n’a pas peur, et qu’il sera plutôt le « son of a bitch » qui va botter le cul du Rock. Notons donc qu’il n’a répondu qu’une fois son adversaire parti, et que le show se termine sur Cena qui embrasse sa femme, image qui outre-Atlantique est un peu l’image fédératrice du champion par excellence, mais qui dans nos contrées civilisées est tout juste grotesque.

 

Que dire d’un tel show ? Wrestlemania approche, sa carte ne fait pas franchement rêver pour l’instant à un match près, et la WWE déroule son programme, sans grand génie comme toujours pendant la Road, tant on l’imagine transie dans ses impératifs de construction. Le Rock, ce soir, a remis les pendules à l’heure avec un show taillé comme un écrin pour lui.

 

Pourtant le show laisse un goût amer : la carte met tant de temps à se dessiner, elle est tellement dévorée par son match principal pour beaucoup de suiveurs, que les autres matchs exigent des luxes de saynètes backstage, promos, etc, pour ne serait-ce qu’exister. Et du coup, logiquement, le volume de catch s’en est ressenti, et ce soir, Raw nous a servi un Dallas correct, mais un show de catch très médiocre. Dommage, mais espérons que les trois shows restants seront plus dans un rééquilibrage des forces dans le ring que dans la recherche d’affiches complémentaires et un peu artificielles, ce qui devient de plus en plus la quadrature du cercle.

 

 

Alors, un cercle, que je me souvienne…


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