La géopolitique selon Vince

Terrorist your game is through cause now you have to answer to… America, FUCK YEAH! So lick my butt, and suck on my balls! America, FUCK YEAH! Team America, America, Fuck Yeah!

 

 

L'objet de cet article n'est pas de faire la somme objective de tous les faits géopolitiques qui ont inspiré les scripteurs de la WWF/WWE, mais de dessiner la vision du monde de Vincent Kennedy Mc Mahon — un monde carrément flippant passé le Rio Grande ou les Grands lacs…

 

 

 

Le saviez-vous? 90% des soldats américains présents en Irak avouent s'être engagés pour assister au Tribute to the Troops!

 

Terrorist your game is through cause now you have to answer to… America, FUCK YEAH! So lick my butt, and suck on my balls! America, FUCK YEAH! Team America, America, Fuck Yeah!

 

 

L'objet de cet article n'est pas de faire la somme objective de tous les faits géopolitiques qui ont inspiré les scripteurs de la WWF/WWE, mais de dessiner la vision du monde de Vincent Kennedy Mc Mahon — un monde carrément flippant passé le Rio Grande ou les Grands lacs…

 

 

 

Le saviez-vous? 90% des soldats américains présents en Irak avouent s'être engagés pour assister au Tribute to the Troops!

 

 

Qu'on se le dise: Vincent Kennedy Mc Mahon n'a jamais été un grand progressiste ("libéral" si l'on reprend les termes américains). Donateur régulier du Grand Old Party, il compte même un ancien sénateur républicain du Connecticut dans son conseil d'administration (Lowell P. Weicker Jr.), ce qui nous donne un début d'explication quant aux tentations isolationnistes puis néoconservatrices de la WWE durant ces trente dernières années.

 

 

 

Pis, à l'instar de certains de ses camarades républicains, VKM a été un "draft dodger" (un déserteur) durant la guerre du Vietnam et une brève psychanalyse prouverait qu'il tente depuis de racheter ce péché originel en surinvestissant la thématique patriotique au sein de sa compagnie.

 

 

 

On est bien d'accord, général? Je vous laisse cette inestimable relique, et de votre côté, vous fermez mon dossier pour désertion, OK?

 

 

 

La prise de l'URSS

 

 

 

C'est bien sûr dans les années 1980, quand VKM a pris le contrôle créatif de la compagnie de son vieux père (responsable du titre WWWF de l'ours russe Ivan Koloff dans les années 1970) que les penchants du petit Vinnie Mac pour la géopolitique ont commencé à se manifester.

 

 

 

Les heels par excellence étaient, dans les années 1984-1985, le duo Nikolaï Volkoff et Iron Sheik, soit l'alliance perverse du péril communiste et du croissant khomeiniste (qui sèmeront l’effroi, avec le renfort du légendaire heel Ayatollah Freddie Blassie et accessoirement de George "The Animal" Steele, dont la gimmick est celle d'un Néanderthal particulièrement attardé)!

 

 

 

Leur usage de l'hymne soviétique et leur victoire face aux bien nommés US Express lors de Wrestlemania I plongeront le public en émoi, à une époque où le président Reagan ferraillait sec pour faire chuter les rouges. Ici, l'intro du combat, à ne manquer sous aucun prétexte. On y découvre Koloff beugler l'hymne soviétique en phonétique, à la grande joie de ses partenaires. On y voit aussi un Ricky Steamboat encore vert, au sein d'une équipe de super-ricains tellement teubés qu'ils entrent sur le ring au son de "Born in the USA", croyant sans doute qu'il s'agit d'un chant patriotard.

 

 

 

Salut! On vient manger vos enfants!

 

 

 

VKM usera jusqu'à la corde du sentiment anticommuniste de la foule dans les années 1980, y compris durant la Perestroika avec l'équipe "The Bolsheviks" (formée du Croate Joe Peruzovic aka Nikolaï Volkoff, éphémère candidat à une primaire républicaine dans le Maryland, et de l'Américain Jim Barell aka Boris Zhukov) ou en pushant le super patriote Hackshaw Jim Duggan face à ce bon Nikolai. Comme l'a dit un jour ce même Volkoff: "Les affaires étaient bonnes avec Reagan, j'a voté pour lui deux fois" (source : Slate, 11 juin 2004).

 

 

 

Kadhafi (st) fucking

 

 

 

Mais Vince voulait donner encore plus de gages à la politique étrangère du président-acteur avec la création de la première icône de la lutte: Hulk Hogan.

 

 

 

L'imaginaire lié à la gimmick du "Real American" (sous-entendu qu'il y avait de faux Américains, c'est-à-dire les démocrates) est un pur produit de l'époque baroque de Ronald Reagan, avec pour point d'orgue ce cultissime clip du Hulkster qui, entre autres exploits patriotiques, déchire la photo de l'ennemi n°1 du moment: le Colonel Kadhafi. On s'amusera de voir qu'à la phrase "When you hurt my friends then you hurt my pride", on voit le Français André The Giant…

 

 

 

Hulk Hogan en John Cena de l'époque (son "Train, Say Your Prayers and Eat your Vitamins" annonçant le "Hustle, Loyalty, Respect" d'aujourd'hui) imprimera profondément les schémas mentaux de nos chères têtes blondes…

 

 

 

Là-haut! J'en vois un! Un putain d'enculé de pas-Américain! Vite, lynchons-le!!!

 

 

 

Les rois du désert

 

 

 

C'est au moment où l'Amérique de Bush père connaît son premier conflit depuis le Vietnam (l’opération "Bouclier du Désert") que les bookers de la WWF jouent pour la première fois sur autre chose que la peur de l’Empire du Mal en créant l'équipe des "Mercenaires" composée de Sergeant Slaughter (oui, le même que dans GI Joe… devenu par dépit un mercenaire apatride), de Boris Zhukov et de l'Orient Express (Sato et Tanaka, des "vilains" japonais managés par le non moins vilain Mr Fuji), qui lors des Survivor Series de 1990 fait face à "l'Alliance" (en gros, les affidés américains) dans une rhétorique préfigurant la pensée néoconservatrice.

 

 

 

La poupée la plus gore depuis Chucky.

 

 

 

L'opération "Tempête du désert" sera l'occasion pour le malicieux VKM de montrer l'étendue de son patriotisme en ressortant du formol l'Iron Sheik (devenu pour l'occasion le Colonel baassiste Mustapha… un comble pour un Iranien), allié pour l'occasion à un véritable Irakien, le Général Adnan, embauché pour sa ressemblance avec Saddam Hussein et son passé glorieux de lutteur, et à Sergeant Slaughter, destiné à devenir le top heel de la Fédération. On voit ici Adnan et Slaughter dans un impressionnant numéro de duettistes.

 

 

 

La guerre en Irak ayant été un "franc succès", l'angle sera assez vite abandonné… pour celui des "Fanatiques étrangers".

 

 

 

Les 4 fanatiques

 

 

 

Le début de l'ère Clinton n'est pas de tout repos pour VKM: entre les accusations de dopage et la montée en puissance de la WCW, Vince se cherche… et, pour plaire au public, tente de flatter les plus bas instincts avec une série de gimmicks anti-américaines dont la plus emblématique sera celle de Yokozuna (cousin samoan d'Umaga, du Rock et de Rikishi, mais présenté comme un invincible sumotori japonais).

 

 

 

Ils y ont mis le temps, mais les Japonais ont fini par lâcher leur propre bombe atomique sur le territoire américain.

 

 

 

Avec Yokozuna, pourquoi diable Vinnie a-t-il réamorcé la peur du "péril jaune" alors que le Japon est devenu un allié depuis cinquante ans? On connaît le mépris de VKM pour le puroresu (catch japonais) mais cela n'explique pas tout… En tout cas, à Yokozuna "le gros méchant", seront adjointes d'autres forces du mal comme les Quebecers (toujours bon de taper sur les Canadiens) et, surtout, l'ovni Ludvig Borga, ce Finlandais ennemi fanatique des USA à cause de la pollution qu’ils déversent sur la planète, et qui finira député d'extrême droite dans son propre pays. Ici , la petite bande, accompagnée de son manager, l'époustouflant Jim Cornette, est interviewée sur le ring par Vince, qui à l'époque prétend n'être qu'un annonceur travaillant pour la Fédération. Et on vous recommande chaudement cette promo de Borga, dans les ruines du rêve américain!

 

 

 

L'histoire des "Foreign fanatics" sera surtout l'occasion d'une critique à peine voilée du "soft power " clintonien à travers la figure du patriote Lex Luger, "the All-American" ou "made in USA", dont le principal fait d'armes sera de soulever Yokozuna sur les quais du porte-avions USS Intrepid, clou d'une véritable campagne électorale afin de s'affirmer comme principal babyface de la WWF mais également comme l'expression du "hard power" républicain.

 

 

 

Canadien un jour, Canadien toujours

 

 

 

La géopolitique ne sera pas à la fête durant l'ère Attitude, comme en témoigne l'épopée risible du "Patriot" Del Wilkes (dont la musique a été recyclée pour Kurt Angle) face à la Hart-Foundation. On pourrait retenir la gimmick du Patriot comme un véritable accident industriel au moment même où la WWF était distancée par la WCW et sa NWO (1997) : McMahon avait débauché Wilkes à la WCW, où il était considéré comme un lutteur moyen… ce qu’il confirma pleinement une fois à la WWF. En vérité, à l'heure des attentats d'Oklahoma City, l'ennemi vient surtout de l'intérieur (Nation of Domination, Degeneration X, Disciples of Apocalypse, Los Boricuas…).

 

 

 

Le cas de la Hart-Foundation résume à lui tout seul le rapport ambigu des USA à l’égard de leur voisin canadien. Si VKM est de tendance isolationniste, il sait en bon businessman qu'il faudra faire du cash à l'étranger… D'autant plus qu'il constate que la grande rivale, la WCW, s'internationalise de plus en plus avec des lutteurs touchant le marché japonais et mexicain. D'où la Hart-Foundation, une équipe heel à l'intérieur du territoire américain et face partout ailleurs!

 

 

 

Dix ans avant South Park, les compatriotes de Terrence and Philip incarnaient déjà le Mal sur Terre.

 

 

 

Bush(whacker)

 

 

 

C'est avec l'élection de Bush Junior que Vinnie donnera la pleine mesure de toute la "finesse" de sa vision géopolitique, et ce dès 2001 avec le thème de l'invasion de la WWF par la WCW… ce qui traduit un changement de perspective et le retour d'une vision très manichéenne de la politique extérieure. L’ennemi est proche et Vince sent sa (mauvaise) haleine dans son cou telle une Kelly Kelly avec un Gene Snitsky. La politique étrangère subtile de Madeleine Albright et de Bill Clinton, c’est fini ! Comme George W. Bush (Vince enverra son meilleur lutteur, The Rock, à la Convention Républicaine de 2000), la WWE ne va pas s’embarrasser de subtilités (enfin… encore moins que d’habitude). Le grand jeu du chauvinisme et de la mauvaise foi est de sortie.

 

 

 

Le 11 septembre 2001, soit la rupture ontologique du rêve américain, donnera le matériau essentiel à l'équipe créative à la botte du patron, et permettra de créer une série de gimmicks caricaturales avec comme première victime collatérale Kurt Angle transfiguré en héros patriote et laitier: Angle face se voulait l’antithèse de Stone Cold devenu heel; la WWE s’amusera donc, lors d’un Raw en août 2001, à faire balancer au champion olympique des litres de lait depuis un camion sur Austin et ses sbires, plus habitués à la mauvaise bière. Un moment absolument sublime, Stephanie McMahon s'en souvient encore.

 

 

 

S'ensuit la gimmick des Un-Americans (une équipe composée des Canadiens Lance Storm, Test et Christian et du très british William Regal) que l'on pourrait décrire comme la parabole d'un monde gouverné par les démocrates, à travers le prisme canadien et britannique (ces pays étant en ce temps-là tous deux dirigés par des partis de centre-gauche). Plus qu’une énième gimmick pro ou anti-canadienne, le groupe des Un-Americans représentait surtout les doutes de certains pays occidentaux, ces sales lâches, face à une probable invasion de l’Irak : même si Ottawa et Londres y enverraient finalement de nombreux soldats, la vulgate bushiste de l’époque oppose une Amérique courageuse à un reste du monde couard. Les Un-Americans incarneront à merveille le rejet des belles et nobles valeurs américaines.

 

 

 

– Rien à foutre du peanut butter, on préfère le sirop d’érable! – Et la gelée de fraises! – Ouais! A bas l’Amérique!

 

 

 

Comme de bien entendu, les Un-Americans affronteront Edge (dans l’un de ses rares moments face) et surtout Hulk Hogan (l’icône du Real American, toujours). Etrangement, le symbole des Un-Americans était le drapeau américain inversé… comme celui des soldats en mission à l’extérieur !

 

 

 

Mais ce qui retiendra chez nous l'attention, c'est bien sûr le sublime angle de "la Résistance" (Sylvain Grenier/René Duprée) formée au moment du déclenchement de la seconde guerre d'Irak… et qui mettra en scène des Français pleutres et heels, suite à l'opposition de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin dans l'enceinte de l'ONU à l’intervention américaine au pays de Saddam. Du pain bénit pour Vince Mc Mahon, qui n'hésite pas ici à reprendre une vieille antienne rooseveltienne : l’affirmation que la Résistance française n’est qu’un mythe et une supercherie — qu'il s'agisse de l'armée des ombres de l'Occupation ou de la posture de la diplomatie de Paris en 2003.

 

 

 

La gimmick la plus risquée de toute l’histoire du catch : incarner un Français lors d’un show devant les troupes américaines déployées en Irak.

 

 

 

La WWE s'en donne à cœur joie en pleine hystérie antifrançaise orchestrée par le gouvernement néoconservateur et les médias murdochiens (Fox News), et n'hésite pas à se lancer dans des promos ordurières contre l'Hexagone via Stone Cold Steve Austin ou le mirifique Scott Steiner, huées contre la Marseillaise comprises.

 

 

 

Suite à la draft de 2005, les bookers reprendront la vieille gimmick anti-québécoise pour "la Résistance" (composée maintenant de Sylvain Grenier et de Rob Conway), versée dans la branche Raw, dans une volonté affiché de présenter comme passéiste la défense de l'identité québécoise francophone. Le merveilleux René Duprée officiera toujours en tant que Français à Smackdown avec un personnage précieux (il est accompagné de son caniche, "Fifi") très proche du narcissique "Model Rick Martel" des années 1990. Il sera souvent associé à un autre étranger, Kenzo Suzuki, représentant d'un Japon traditionnel honni par les Républicains. Ces deux heels seront d’ailleurs régulièrement moqués par l’US Champ de l’époque : John Cena.

 

 

 

Mais le gros morceau de ces années (2004/2005) demeure l'impayable Mohammed Hassan. La WWE, très impliquée dans le soutien aux troupes envoyées en Irak avec son annuel "Tribute to the troops" (un show organisé sur place, pour lequel le très droitier JBL est étrangement face et Linda Mc Mahon très prolixe sur Fox News), créera la controverse par le personnage de cet Américain originaire du Moyen-Orient, ennemi intérieur venant de l'extérieur, toujours accompagné de Daivari, qui multiplie les diatribes en perse (l'Iran, l'autre pays de l'axe du mal).

 

 

 

Moyennement discrète, la cinquième colonne.

 

 

 

Heel par excellence, sommet de l’exécration (on se souviendra avec émotion de l’union sacrée entre heels et faces contre lui pour le bouter hors du ring au Royal Rumble 2005 sous les vivats de la foule), Hassan évoque celui qui est à l’époque l'ennemi n°1 de l’Amérique: le terroriste Abu Mussab Al Zarqawi et la WWE s’y réfère explicitement dans la scène de la fausse exécution sur l'Undertaker avec des sbires masqués, et ce deux jours après les attentats de Londres… top faute de goût.

 

 

 

Devant le tollé provoqué dans les médias, VKM préfère abandonner cette gimmick (Hassan sera squashé par le Taker), ne laissant plus le chauvinisme américain s'exprimer que contre le low-carder iranien Daivari.

 

 

 

Zangieff te revoilà!

 

 

 

L'épisode Hassan et le retournement de l'opinion quant à la guerre d'Irak obligeront les scénaristes de la WWE et VKM à mettre la géopolitique en veilleuse (si ce n'est une brève passade anti-anglaise avec un excellent William Regal comme King of The Ring).

 

 

 

La fin de l'administration Bush et de la vision monochrome du monde des néocons ne constitue pas une bonne nouvelle pour la WWE… Avec l'avènement possible d'un président démocrate et le Congrès sur le dos suite à l'affaire Benoit, VKM l'anti-Obama doit changer son fusil d'épaule.

 

 

 

Mais c'est sans compter sur la plasticité de Vinnie en la matière (il a pris des stéroïdes tout de même): reprenant les ultimes considérations des néoconservateurs mais aussi celles de l’un des principaux conseillers d'Obama en politique extérieure (Zbigniew Brzezinski), la WWE impulse une nouvelle gimmick librement inspirée de Vladimir Poutine: Vladimir Kozlov.

 

 

 

Froid comme Ludvig Borga, lutteur de sambo comme le premier ministre russe… Kozlov reçoit un push monstre afin de démontrer le retour du péril russe (voire communiste si l'on en juge les dernières apparitions du bonhomme) dans un monde que Vince n'accepte toujours pas comme multipolaire.

 

 

 

Oui, le concept est super novateur.

 

 

 

Cette absence d'acceptation d'un monde qui n'est plus centré sur la seule puissance américaine se traduit également dans le mépris que cristallisera le Great Khali… En effet, le géant du Pundjab exprime l'angoisse d'une Amérique démunie face à l'émergence des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) sur la scène internationale. Pour autant, les scénaristes n’insisteront pas et finiront par transformer le géant en face pour une meilleure pénétration du marché indien. Le business avant tout.

 

 

 

Realpolitik

 

 

 

La WWE constitue un formidable reflet de la politique étrangère des USA… Le chauvinisme et les opinions conservatrices de VKM faisaient partie intégrante de la guerre avec la WCW (les grands ordonnateurs de celle-ci, Ted Turner et Eric Bischoff, étant des démocrates… d’ailleurs, n’est-ce pas pour leur rendre hommage que Gordon Brown a employé le terme de New World Order après le G20 d'avril dernier?). Vinnie devra néanmoins devoir ranger sa vision géopolitique au placard s'il veut continuer sa stratégie de développement à l'étranger (ce qui explique l'absence de heel chinois) face à un marché américain qui s'essouffle. Le triomphe de la realpolitik, en somme!

 

 

 

Bon, les gars, l’Amérique, c’est fait. Maintenant, le monde.


Publié

dans